mercredi 10 septembre 2014

Vierge


Dans ma salle de bains, je prépare mon corps comme on prépare un support. Les grains de sucre roulent avant de fondre. La paume de mes mains chauffe. Faire peau neuve. Je visualise les cellules mortes qui se décollent, flottent à la surface de l’eau et finissent gobées par le siphon.

Aujourd’hui je me dépouille. Je veux être nue, buvard blanc, impressionnable. Donner au plus vrai, au plus proche comme une offrande d’authenticité.

En arrière plan, les images tournent.

Chacune de mes émotions sera bue aux frissons dessinés. Il n’y aura aucun uniforme, un décor vide, des mots juste posés.

Regarde-moi tout au fond, esquive mon point de fuite, hérisse ma peau, étale mes membres, ne mens pas.

mardi 19 novembre 2013

Encore plus fort !

Encore plus fort ! Plus de son, plus de basses, danser toujours.

Tout à l'heure, j'ai caressé ses jambes. Elle s'est approchée de moi, sur la piste. L'intérieur de ma cuisse contre l'intérieur de la sienne, brièvement. Je ferme les yeux, emportée par la transe. Ondulations. 
Ses mains, sur mes hanches. J'aimerais qu'elle pose ses mains sur mes hanches. Qu'elle me tienne, qu'elle me touche. 
Elle n'est pas loin. 
A fleur de peau, les pulsations lumineuses me fouettent. Garder les yeux fermés. Sait-elle seulement qu'elle est contre moi ? 
Boire un verre d'eau, un shot de vodka, et encore un verre d'eau. Faire la queue aux toilettes, agression des néons et des visages flottants. Rien n'est réel, tout semble en suspension. Plonger à nouveau dans les décibels. 
Je marche dans sa direction, en ligne droite. Je prends sa tête entre mes mains et l'embrasse, doucement, en frottant un peu mes lèvres sur les siennes.

vendredi 15 novembre 2013

Correspondances - 1


Bonjour Christophe,

je suis dans ta cuisine. Je bois du café et je fume. Assise à la table, comme une écolière devant sa copie, je t'écris.

Ne t'inquiète de rien, je ne traînerai pas dans tes pattes quand tu te réveilleras. On n'a pas signé pour ça. Mais j'aimerais te raconter notre nuit, te montrer ce que tu n'as pas forcément vu. Peut-être garderas-tu cette lettre et que tu la reliras, parfois. Peut-être même qu'elle saura te faire sourire, t'émouvoir, t'exciter, au delà des années.
C'est toute seule que je suis entrée hier soir au Sherlock's pub. Des concerts sont programmés tous les vendredi et là, j'avais besoin de colmater les brèches entre mes neurones avec du bon gros rock. J'attrape une bouteille d'Adelscott au bar et je file me planter juste devant la scène. Le show vient de commencer et je sens les basses sourdre au creux de mon ventre. Je danse, mes pieds bougent tous seuls pendant que je détaille le guitariste. Grand, blond, les cheveux aux épaules, quelques tatouages, archétype ambulant. Non, ce soir je serai raisonnable et je ne grimperai pas sur scène pour lui rouler une pelle. Non, pas pour l'instant en tous cas. Quelqu'un me bouscule, je me retourne en gueulant et c'est là que je t'aperçois, accoudé au bar. Le visage fermé, les yeux rivés sur la scène, tu as la tête de celui qui veut qu'on lui foute la paix. J'aime bien les défis. C'est à ce moment précis que j'ai décidé que tu allais me baiser dans les heures qui suivraient.

Je te fixe, j'attire ton regard, je plante mes yeux dans les tiens, un léger sourire puis je lâche, je me retourne vers la scène. Me déplacer d'un mètre sur la droite pour être au centre de ton champ de vision. Et danser encore. Danser pour toi, pour mon envie, faire rouler mes hanches un tout petit peu plus lentement, laisser jaillir une épaule par l'encolure de mon t-shirt. La chasse est ouverte. Je sais que tu me regardes et que tu penses "Quelle petite conne". Oui, je suis une petite conne ; une petite conne qui veut voir le loup et l'attraper par la lippe.

Troisième morceau, le groupe s'échine à massacrer Led Zep'. Ça m'agace. Besoin d'une cigarette. Je sors mon paquet de mon sac et je sors. Tu fûmes, appuyé contre une voiture juste en face de la porte. On dirait que tu m'attends. Tu me tends le briquet. J'allume ma clope. Silence. Je te fixe. Tu me montres ta moto, sur le trottoir et tu me dis que tu ne vis pas très loin. "Tu viens ?". Je ne réponds rien, j'attrape le casque que tu me tends et j'enfourche ta bécane derrière toi. Je passe mes bras autours de ta taille et je prends garde de ne pas te donner de coups avec le casque. Tu démarres. Tu conduits bien. J'apprécie les vibrations de la selle. J'ai un peu la trouille, alors je me sers un peu plus contre ton dos.

Stratocaster. C'est la première chose que je vois en passant la porte de chez toi. Rutilante, fière, posée sur son stand. Je m'approche et l'effleure. Il y a chez moi une connexion directe entre le vernis d'une belle guitare et mon cerveau primitif. Je sais que tu souris dans mon dos. Pour la forme, tu me proposes un verre. Mais nous n'en sommes déjà plus là. Je n'en mène pas large. Je prends cependant l'air affranchi et dégagé des filles qui en ont vu d'autres et je m'avance vers toi. Ton œil brille lorsque tu passes ton bras autour de ma taille pour m'attirer plus près, tout proche. Tu es grand, je me dévisse un peu le cou pour te regarder. Tu m'embrasses, je réponds. C'est doux, c'est chaud, et terriblement troublant. Ton souffle me traverse pour titiller mon ventre. Je me sens frissonner, tu ressers ton étreinte. Je sens ton excitation, la bosse dans ton jeans. Je l'éprouve du bassin, mais j'attends. Et je te veux, et je t'appelle par tous les pores de ma peau. Je passe mes mains dans ton dos, sous ton t-shirt que tu enlèves pour me laisser plus de champs. Mes mains remontent le long de ta colonne vertébrale. Puis tu me déshabilles. Le t-shirt, le soutiens-gorge, le jeans, la culotte. Nue devant toi comme je n'ai jamais été nue. Tu me détailles et apprécie le tableau en connaisseur. Je rougis malgré moi et m'attaque à ta braguette pour cacher mon trouble. Mes doigts tremblent et les boutons résistent. Tu finis par te dévêtir tout seul. Tu me prends la main et m'entraîne dans la chambre.

Je ne vois que le lit sur lequel tu me couches. Ton genou écarte mes jambes, ta bouche est sur mes seins, tes mains sont partout. Je n'ose pas regarder ta bite. Elle est trop proche, elle est trop vraie et je crois qu'à ce moment là, j'ai un peu perdu les pédales. As-tu senti ma peur ? Toujours est-il que tu as ralentis, que tu m'as embrassée tout doucement, continuant les caresses pour me ramener à toi, à nous. Tu es tendre mais décidé, ta tête s'enfouit entre mes cuisses, je suis gênée d'être aussi mouillée. Tu sembles ravi et je sens ta langue qui visite les replis de ma chair, qui écarte, qui s'insinue. Tu aspires mon clitoris dans ta bouche et je gémis. J'ai envie de goûter ton sexe moi aussi mais je n'ose pas me servir. Comme si tu lisais mes pensées, tu te redresses et viens me le présenter. J'embrasse doucement le gland, entrouvre mes lèvres. Une goutte de liqueur perle et je m'abreuve à cette nouvelle source. C'est salé, tiède, agréable. Je m'aventure à remonter la hampe, à en tester la résistance puis je te prends dans ma bouche et je resserre mes joues sur ta chair. Appuyée sur mes coudes, je m'applique. Tu guide ma tête et imprime le rythme. Tu t'écartes de moi un instant, ouvre le tiroir de la table de nuit et en sort un paquet de capotes. Ouverture du sachet, pose, déroulage. J'admire ta dextérité et je te remercie intérieurement de ne pas avoir demandé mon concours. Tu t'installes entre mes cuisses, attrapes mes jambes sous les genoux et les relèves en les écartant. Tu contemples mon sexe. Cette position indécente me fait rougir encore, je détourne les yeux. Mais mon ventre se creuse, il t'appelle et tu me pénètres, doucement, d'une traite. J'avais peur d'avoir mal, de sentir une déchirure, comme un tissu qui fuse. Il n'en est rien, je suis rassurée. Tu t'arrêtes et m'observe. Mes yeux brillent maintenant et je te souris. Tu me baises avec plus d'énergie, je savoure l'emplissement de mon vagin. J'enroule mes jambes autour de ta taille et je rends coup de reins pour coup de reins. J'aimerais pouvoir observer de l'intérieur cette invasion. Puis ton visage devient grave, ton rythme s'accélère et je ne peux m'empêcher de ressentir de la fierté quand tu t'abandonnes dans un râle.
Je ne saurai jamais à quel moment tu as su. Mais tu as été parfait de maîtrise, de douceur. Je te remercie pour tout. Cette nuit, tu m'as ouvert les portes dont il me manquait la clé. Tu as rompu les digues. Je peux maintenant partir à la découverte de tous ces plaisirs auxquels j'aspire. Grâce à toi, je suis confiante.
Je ne t'oublierai pas

lundi 11 novembre 2013

Dimanche

"Tirez légèrement sur le fil pour former la maille."

Ambition d'écharpe. Je refuse le froid. Il fait pourtant encore doux, mais ça ne saurait durer. Tout mon corps me le hurle. Allongé sur le canapé, il me guette d'un œil, l'autre semblant absorbé par un reportage sur le chemin de fer italien. Demi-sourire : visiblement, ça l'amuse de me voir aux prises avec de la laine et des aiguilles devant un écran d'ordinateur. 

Le dimanche, il me rejoint dans mon appartement. Pas compliqué : on baise, on glandouille, et on baise encore. On ne se fréquente jamais autrement. On s'est rencontré par hasard dans une autre ville où nous passions l'un et l'autre la journée. On s'est envoyé en l'air sur une boutade. Puis on a décidé de recommencer. 

Voilà, on est dimanche. Et moi, je me prends la tête avec un fil qui refuse de s'enrouler correctement sur des aiguilles. Vautré sur les coussins, une jambe repliée sur le côté, l'autre à plat ; j'observe les courbes sous le tissu gris chiné de son survêtement. Agacée, je fais glisser toutes les mailles hors de l'aiguille et j'enroule le fil qui gondole au fur et à mesure qu'il se détricote soigneusement sur la pelote. Il me regarde, ses yeux sourient. Je fixe maintenant son entrejambe et son relief mouvant. Je m'approche et pose ma bouche sur le coton. Je jauge cette promesse, m'en délecte à l'avance. Ma main part en exploration sous son t-shirt. Mes caresses sur ses tétons finissent d'ériger le mat de Cocagne de notre plaisir. La joue sur son ventre, je tire sur l'élastique, son sexe jaillit et se pose sur mon visage. Je le respire. 

Immobile, lui se contente de m'accompagner sur mon chemin. Je déplie sa jambe et l'allonge à côté de l'autre. Je retire mon t-shirt et l'enfourche. Je saisis sa queue dans ma main. Je cherche son regard et le capture. Je positionne son gland contre mon anus et, sans le quitter des yeux, je m'empale doucement. J'aime la sensation de transparence lorsque les prunelles livrent tout, sans artifice, sans échappatoire, deviner le trouble dans un battement de cils. 

Une fois amarrée, je roule doucement les hanches, sans aucun va-et-vient. Je mouille mes doigts, les pose à plat sur mon pubis et cercle mon clitoris dans un mouvement régulier. La vague monte sans tarder. Je lui offre mon plaisir, je sens mon excitation couler, glisser sur ma peau et la sienne. L'orgasme m'emporte très vite. Je reprends mon souffle dans le bleu de ses iris. 
Le prochain round sera pour lui. 


mercredi 7 août 2013

Enchâsser


Chaque trace laissée par la brosse dans la peinture épaisse s'était auparavant imprimée sur sa peau. 
"Tu es la toile avant la toile", lui avait-il dit. 

Il avait tiré sur la trame, doucement, patiemment, fil après fil. Elle s'était découverte solide, élégante. Elle était devenue le parfait support. L'apprêt était posé. 

Alors, il avait pris son pinceau et avait tracé les premières esquisses de leur plaisir. Parfois, la toile restait presque vierge. Quelques vagues dans la matière, ténues, rendaient compte des vibrations sensibles sous la surface. 

L'oeuvre sans cesse disparaissait. Tout devait être réécrit, jour après jour. 

Ce soir-là, l'espace était traversé de toutes parts par de solides barres de laque anthracite, des coups de pinceaux furieux, prêts à traverser les fibres. Mais il avait pris soin de peindre très minutieusement tous les bords du tableau dans un grenat profond. Elle avait senti s'engouffrer par ces portes des vagues de jouissance intarissables, de textures nouvelles. 

Elle s'imprégnait, elle absorbait, et, à travers l'image magnifique qu'elle offrait à voir, elle lui rendait, à même l'âme, la fureur du plaisir arraché à ses entrailles. 


vendredi 3 mai 2013

Lilītu


Dressée sur ta queue roide, le dos arqué, j'accueille la jouissance par un cri d'animal expulsé du fond de mes entrailles. J'absorbe jusqu'à la dernière particule de ton énergie, te vide de toute ta substance. Te regarder droit dans les yeux alors que tu disparais, peu à peu. 

Je suis l'amante, l'ultime, celle qui religieusement, méthodiquement, te nourrit pour mieux t'absorber. Sur la table du festin, je me sers dans chaque plat. J'ai faim, encore. Créature de chair, somme de tous ces corps rendus à mon appétit, plus puissante à chaque étreinte, immortelle dans le stupre. 

Brûler les draps, disparaître et se remettre en chasse. 


jeudi 25 octobre 2012

C'était la loi des gaulois.


“Poilus, barbus...” 

J’entonne la chanson en faisant mon entrée façon music-hall dans la cuisine. Ce soir, je devais railler cet uniforme convenu, talons aiguilles, jupe droite, chemisier cintré, chignon. Les costards aux belles étoffes, cravate tombée. Je suis là et je dérègle un peu le mécanisme. 


“... vêtus de peaux de bêtes...”


Tout le monde se retourne, les conversations s’arrêtent, les verres de Bordeaux restent suspendus. 


“... ils bravaient la tempêtes.”


Ma voix sonne haut et clair. 
Je bois chaque goutte de la stupéfaction qui se peint sur leur face. 
Vin rouge, cigares, cognacs, l’after immuable des bourgeois libertins. Vieille ferme restaurée à la campagne, parquet ciré, cuisine à 50k et vieille table de ferme. L’ennui cossu et confortable. 

Je termine le refrain et m’arrête. Je me tiens bien droite et les toise. Je sais que mon but est atteint, que leur tension pète le plafond et que cette soirée ne sera pas comme toutes les autres. Je veux de l’inconvenant. Doucement, je déboutonne le haut de mon chemisier. Je pourrais presque voir leurs veines qui pulsent. Je me mets à quatre pattes et c’est ainsi que je m’approche de la table pour m’installer entre les genoux du maître de maison. 

J’ouvre posément son pantalon, déboutonne sa chemise, en repousse les pans. Je tire sur l’élastique siglé du boxer noir. Visiblement, il semble opportun à l’un des convives de débarrasser la table. Voilà un homme avec un bel esprit d’initiative. 

Cette table... Je veux que mon buste et mon dos en embrassent tour à tour la patine. Je veux qu’on m’y cloue, je veux m’y fondre. Oeuvrez messieurs, baisez donc la jolie poupée. Mettez y du coeur. Je suis la fée du bois, l’esprit de l’âtre. N’hésitez pas à mettre la main à la pâte et léchez-vous les doigts. Quand j’aurai bu la coupe, juste avant d’arriver à la lie, et afin d’esquiver le verre de socialisation post-coïtale, je remettrai ma jupe sage et mon chemisier et je m’en irai.

mardi 16 octobre 2012

Ce moment


Ce moment où je prends une grande inspiration.
Ce moment où je frappe à la porte.
Ce moment où je dépose mon sac.
Ce moment où on me désigne un fauteuil.
Ce moment où je me demande ce que je fais là.
Ce moment où je croise mes jambes, puis les décroise immédiatement.
Ce moment où je me retrouve plongée dans le noir.
Ce moment où sa voix raisonne.
Ce moment où je me retrouve nue.
Ce moment où j'en ai vraiment conscience.
Ce moment où l'on me positionne.
Ce moment où le silence s'installe.
Ce moment où je sens mon odeur.
Ce moment où j'attends. 
Ce moment où j'anticipe.
Ce moment où se produit l'impact.
Ce moment où je ne compte plus.
Ce moment où mes jointures protestent.
Ce moment où je deviens spectatrice intérieure.
Ce moment où je flotte.
Ce moment où je réclame.
Ce moment où je ne sais plus.
Ce moment où je sens la chaleur d'un corps.
Ce moment où je suis investie.
Ce moment où je ne peux plus chercher.
Ce moment où je ne cherche plus.
Ce moment où je trouve.
Ce moment où je recommence à respirer.
Ce moment où je m'étale sur le plancher.
Ce moment où des pas s'éloignent.
Ce moment où la porte se ferme.